
À Gruissan, là où la Méditerranée effleure les chalets en bois sur pilotis, nait une passion charnelle qui embrase tout sur son passage. 37°2 le matin, adaptation libre du roman de Philippe Djian par Jean-Jacques Beineix (1986), débute dans ce décor criblé de lumière or du soir et de plages ourlées de dunes, lieu choisi pour incarner la naissance de l’obsession amoureuse entre Betty et Zorg .
Une ouverture torride et incantatoire
Dès les premières secondes, la caméra s’avance lentement, s’immisce entre deux corps enlacés, nus, sous une reproduction de la Joconde suspendue à la paroi du bungalow. Les halètements, les mains qui glissent, la peau mouillée par des pores enfiévrés composent une toile digne d’un tableau érotique où se lit la promesse d’un amour libertaire et viscéral . Ce plan-séquence, volontairement placé en ouverture, plonge le spectateur dans la fièvre du désir dès l’acte un, comme l’a souhaité le réalisateur.
Betty, tornade sensuelle dans l’aube des chalets
Béatrice Dalle, incarnation mythique et sauvage, dévale les marches de bois, valise en main, cœur en “skaï mauve”, et semble découverte dans son élément, brutale et vulnérable à la fois. Sa lumière fuse, insatiable, elle dévore la scène. Autant créature de chair que phénomène d’énergie, elle embrase l’univers de Zorg — interprété par Jean-Hugues Anglade — avec la fureur d’un coup de foudre animal, électrique.
La vie à huis clos dans les chalets
Le lieu idyllique des chalets de Gruissan ne sert pas qu’à sublimer la romance : il enferme aussi les amants dans une bulle étouffante où la passion devient écrasante. Les décors flamboyants — peintures roses, rouge passion, lumière saturée — enveloppent chaque échange d’un rythme visuel fiévreux, reflet direct de la montée d’adrénaline sensuelle partagée par le couple .
Quand la folie teinte l’érotisme
L’amour charnel glisse progressivement vers l’obsession et la déraison : Betty, trompée par son propre corps — un test de grossesse positif qui révèle finalement une absence d’enfant — plonge dans la boucle vertigineuse de la folie. Elle hurle, se bat, s’auto-détruit, finit par s’arracher un œil, incarnation tragique d’une passion dévorante trop grande pour elle .
L’étouffement du désir
L’apogée de cette folie s’achève dans la chambre d’hôpital où, dans un dernier geste de folie amoureuse, Zorg déguisé en femme s’infiltre dans la pièce pour étouffer Betty avec un oreiller sur le lit. Dans ce geste tragique, l’amour devient libération — non seulement pour elle, mais pour lui, désormais libre de devenir l’écrivain qu’elle a toujours pressenti .
Style et sens : la marque d’un cinéma audacieux
Le film triomphe par son esthétique expressionniste, où les couleurs flamboyantes et l’éclairage sensuel transcendent la mélodrame pour en faire un mythe visuel. Beineix forge ainsi un univers où l’amour est viscéral, excessif, insupportable et sublime — une signature stylistique qui a fait du film une œuvre emblématique des années 80 et de toute une génération .
Verdict provocateur
37°2 le matin aux chalets de Gruissan n’est pas qu’un film : c’est un éclat de désir, une brûlure passionnelle, une folie douce incarnée dans une jeunesse en fusion. L’érotisme n’est pas langoureux, il est brutal, cru, nécessaire. Le couple, enfermé dans ce décor ensoleillé, apparaît comme un labyrinthe de chair et de feu, où chaque respiration est un défi, chaque regard un avertissement.
